Il y a des filles qui aiment tellement l'amour qu'elles t'aiment presque malgré toi.
Je veux dire ; elles ont tellement envie d'y croire, que tu vas devenir, toi, physiquement, le premier obstacle à cet amour. C’est comme une espèce de fleuve d'amour qui coule et que tu viens perturber par ta présence.
Aimer une fille qui ne t'aime pas, c'est douloureux, mais au moins y'a empathie.
Je me trompe de mot : y'a compréhension. Compréhension en latin ça veut dire embrasser avec, embrasser la réalité avec. Et avec une fille qui ne t'aime pas parce qu'elle voit qui tu es pour de vrai, au moins, on embrasse ensemble une réalité, on met la main, conjointement, sur quelque chose.
Comprendre c'est encore le seul but qu’il nous reste, c'est le seul sens que l’on peut encore trouver à la vie. J'enlève le mot "encore" de cette phrase, je l'enlève verbalement, au lieu de revenir dessus avec mon clavier. Y'a jamais eu de but, je suis quoi en disant "encore" ? Quelle image je donne de mon athéisme ? Il n'y a rien et il n'y a jamais rien eu, d'ailleurs il n'y aura jamais rien. Mais qu'est ce qui nous reste une fois qu'on a postulé que la vie n'avait pas de sens ? Pas tout-à-fait rien, en fait. Plutôt tout. C'est la vérité, qui nous fait vibrer, c'est celle là qui provoque des éclats de rire nerveux, c'est quand on lève le voile sur une réalité qu'on se sent exister, qu'on sent qu'on peut avoir une emprise sur le monde, sans croire en rien d'excessif. Le sens, compris comme la direction, c'est celui d'aller vers la compréhension, même si elle déçoit, même si elle attriste, même si elle rend fou, c'est tout ce qu'il nous reste.
Mais alors aimer pour ce qu'on n'est pas, là, c'est la négation même de la vie. Ca ne va nulle part. Aimer parce qu'on aime aimer, c'est bien pire que le néant après la vie.
Non, ceux qui aiment par amour de l'amour, généralement, ils te jettent quand ils commencent à aimer d'aimer quelqu'un d'autre.
Et là, c'est comme si t'avais jamais existé.
Quand on tombe amoureux, quand on aime du vrai amour du moins, on a cette impression mélangée, une souffrance, mais une souffrance fatale, une souffrance totale, absolue, à laquelle on n’échappe pas , à laquelle on va s'adonner entièrement d’ailleurs, avec délectation, avec dévouement, cette souffrance due au fait que l’on ne pourra jamais aimer assez, on ne pourra jamais être à la hauteur de l'être aimé, c'est beaucoup trop grand, beaucoup trop haut, ça fait peur, on ne pourra jamais l'atteindre, on manquera d’air, et de toute façon on ne pourra jamais empêcher l'être aimé de mourir, ou même qu'il soit malade, des fois, on ne pourra pas lui dire d'enlever sa cigarette de sa bouche, ou alors on pourra, mais notre parole ne sera pas entendue, alors on se sentira tout con, et juste ça, se sentir tout con, ce sera dramatique, ce sera horrible, parce qu'on veut pas se sentir tout con devant quelqu'un qu'on aime à en mourir.
Alors ceux qui aiment t'aimer, tu les reconnais à ça ; ils sont contents de t’avoir aimé. C’était sympa ! Parce qu'ils t'ont aimé de cet amour léger qui sait qu'il ne condamne pas, qu'il a une date de péremption, qu'il fera tout au plus pleurer quelques jours mais vu qu'on a des copines sympas, on leur enverra des textos et après on ira mieux.
Ils ont aimé aimer, ils se sont donc aimer tout seul. Ils ont aimé être amoureux, c'est-à-dire revenir à cette sensation archaïque, primaire, de retour au liquide amniotique, au liquide séminal presque, ce laissé allé bête et agréable. Comme quand on court pieds nus sous la pluie chaude d’un mois d’août. Ils ont aimé ce soupçon d'apaisement, ils ont aimé l'oubli et la torpeur dans laquelle ils se sont mis tout seul, ils ont aimé nier le temps, ils ont aimé nier l'air, l'eau et le feu. Ils en ont oublié de pas te nier, toi.
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